Situation politique tendue IBK doit reprendre les choses en main !

Le Mali vit l’une des plus grandes crises politiques de son histoire, avec une rébellion en sourdine de la quasi-totalité des acteurs de la classe politique, divisée entre ceux qui reconnaissent le régime en place et qui ont acté la victoire du Président IBK à l’élection présidentielle de juillet-août et qui voudraient aller de l’avant, mais dont la plupart rejettent la prorogation du mandat des députés et l’avant-projet de découpage administratif que le gouvernement veut adopter, et ceux qui ne reconnaissent ni la réélection d’IBK, ni son gouvernement, donc opposés à tout ce qu’ils entreprennent ! Quand ces deux groupes politiques, que tout oppose, a priori, se donnent la main pour faire front commun, cela doit fortement interpeller, et les Maliens, et le Premier magistrat du pays ! Mais comment en est-on arrivé là ?
Questionnement légitime, car on pensait finalement être sur la voie de la décrispation politique, lorsque le Premier ministre entama des concertations avec les acteurs politiques autour des problèmes sociaux, politiques, et du nouveau projet de découpage administratif. Des rencontres qui l’ont amené à rencontrer l’essentiel des acteurs politiques de la majorité, tout comme de l’opposition. En effet, il a rencontré la quasi-totalité des opposants, des candidats à la dernière présidentielle, dont entre autres, le parti ADP-Maliba du candidat Aliou Boubacar Diallo, venu 3ème après le Président IBK et Soumaila Cissé, le Président de la Plateforme pour le Changement, M. Moussa Sinko COULIBALY, Houseini Amion GUINDO de la CODEM.
« Nous partons toujours du postulat que le gouvernement est animé des meilleures intentions », avait déclaré Moussa Sinko COULIBALY, qui avait salué la démarche du Premier ministre qui participe de la décrispation du climat politique et social, avant de réaffirmer la disponibilité de son regroupement à renforcer le dialogue et la concertation, avec comme axe central l’amélioration de la gouvernance. Même optimisme pour « Pouloh » qui, tout en se réjouissant de la démarche du Premier ministre, avait déploré le manque de concertation source parfois d’incompréhension et de tension. Soumeylou Boubèye Maiga avait aussi rencontré Choguel Maïga, Me Mountaga TALL, Me Mohamed Ali Bathily. A tous ces niveaux, la démarche du Premier ministre a été appréciée à sa juste valeur, puisque s’inscrivant dans une dynamique de décrispation politique pour faire face aux défis de l’heure, à savoir les réformes majeures qui nécessitent l’adhésion de toutes les filles et de tous les fils du Mali ! Seul le chef de file de l’opposition, celui-là même à qui l’Etat malien consacre 500.000.000 FCFA, en l’occurrence Soumaïla Cissé, avait refusé de rencontrer le Premier ministre. Comme argument, il avait avancé le fait que, pour lui, tout dialogue politique au Mali doit être d’abord focalisé sur la question de la légitimité des institutions, notamment la première, c’est-à-dire le président de la République.
La pomme de discorde
Comment cette belle envolée de décrispation politique amorcée par le Premier ministre s’est aussi vite dissipée en l’espace de quelques jours ? Et bien, selon les observateurs, la pomme de discorde serait la tenue des concertations régionales sur le projet de découpage administratif, malgré les oppositions et autres réserves que les acteurs politiques en face ont fait savoir au Premier ministre. Pour les responsables du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie (FSD) et de la Convergence des Forces Patriotiques (COFOP), engagés aujourd’hui dans un même combat, la tenue des concertations régionales prouve que le Premier ministre n’a pas l’intention de s’engager dans la voie de l’apaisement de la situation politique préoccupante du pays, malgré le coup médiatique qu’il aura réussi avec son semblant de dialogue politique avec la classe politique. D’où leur volonté affichée de faire front commun contre le régime !
La situation est telle qu’aujourd’hui, le Président de la République doit sortir de son mutisme pour reprendre les choses en main. En effet, tout le monde s’interroge sur son silence face à l’ampleur de la crise qui, chaque jour, prend une proportion inquiétante. Beaucoup de maliens sont en effet convaincus qu’il est la clé de voûte pour trouver une solution à la situation actuelle.
Pour nombre de nos concitoyens, il urge que le Président IBK rassemble les Maliens, au regard d’immenses défis dont le pays fait face, et qui nécessitent l’adhésion de tous. IBK doit donc dépasser les clivages et se mettre au-dessus de la mêlée en descendant dans l’arène pour ressembler et réconcilier les Maliens. Pour beaucoup, pas de doute que les opposants, mêmes les plus farouches comme Soumaila Cissé et Tiébilé Dramé, pourraient faire des concessions, beaucoup de concession, si c’est le Président IBK en personne, seul habilité à prendre certaines décisions majeures et à faire certaines concessions politiques pour et au compte du Mali.
Salif Diallo